Agropol : une coopération internationale vertueuse avec le continent africain

Cette association, issue des acteurs de la filière française des oléo-protéagineux, existe depuis 40 ans. Elle, œuvre au développement de filières oléo-protéagineuses sur le continent africain en tissant des liens durables avec les acteurs français. Elle est notamment financée par Terres Univia. Entretien avec son directeur général, Guénaël Le Guilloux.

Agropol a été créée il y a quarante ans. Quelle est la genèse de cette association ?

 Agropol a été constituée au début des années 80 par la FOP, Terres Univia, Terres Inovia et le groupe Avril pour conduire des actions de coopération internationale. Agropol a ensuite été rejoint par l’UFS et l’Anamso. Concrètement, Agropol accompagne les acteurs locaux qui souhaitent structurer ou développer une filière oléo-protéagineuse en dehors de nos frontières. Pour les aider, nous mobilisons nos experts et nous créons des liens avec des partenaires locaux, comme en Tunisie avec l’Institut National des Grandes Cultures (INGC) et l’Association Pour le Développement de l’Agriculture Durable (APAD). Il s’agit d’une démarche d’intérêt commun de développement. Nous valorisons nos expertises, nos produits, nos cultures et notre schéma d’organisation pour que des relations durables se nouent entre partenaires locaux et acteurs de la filière française.

Depuis deux ans, Agropol conduit un projet co-financé par l’Union européenne et Terres Univia. En quoi consiste-t-il ?

Le programme Maghreb Oléagineux contribue à l’essor des filières du colza en Tunisie d’un côté et, de l’autre, du colza et du tournesol au Maroc. L’objectif est de contribuer à développer les surfaces et promouvoir les semences européennes sur ces deux cultures. Le Maroc et la Tunisie ont pour objectif d’atteindre chacun 80 000 ha de cultures oléagineuses. Depuis deux ans, les différentes actions menées lors de cette campagne de promotion des semences de colza et de tournesol au Maroc et en Tunisie ont engendré un impact fort, touchant plus de 18 000 producteurs et conseillers agricoles. En outre, la diffusion de communiqués et dossiers de presse a, par exemple, permis d’atteindre une large couverture de 11 millions de lecteurs potentiels et de sensibiliser les décideurs et les populations aux intérêts d’un développement des filières colza et tournesol. Un joli succès !

Vous intervenez également en Afrique de l’Ouest ?

Agropol travaille sur un projet au Togo pour améliorer la durabilité de la production du soja bio destiné à l’export. En lien avec des structures d’appui à la production, ce projet vise à promouvoir l’allongement des rotations par l’intégration de cultures compatibles avec le cahier des charges de la production de soja bio et disposant d’un débouché rémunérateur. La démarche consiste à valoriser les compétences des filières de production et d’export du soja bio pour satisfaire des cahiers des charges exigeants et fournir des industriels locaux. Actuellement, ces derniers sont contraints d’importer leurs matières premières faute de pouvoir trouver localement la qualité et les volumes dont ils ont besoin. L’objectif est de renforcer les revenus et la résilience des producteurs tout en les incitant à adopter un système de culture diversifié et connecté au besoin du marché. Pour le moment, trois cultures complémentaires ont été identifiées : le manioc, l’arachide (avec un débouché important pour la pâte d’arachide utilisée pour la renutrition des enfants) et le sorgho (avec un potentiel à valoriser pour les industries de brasserie).

Vous valorisez aussi le soja sur le continent africain ?

Oui, au Burkina-Faso, sur financement de l’Agence Française de Développement (AFD), Agropol accompagne des coopératives d’agriculteurs et un industriel spécialisé dans les jus de fruits cherchant à diversifier sa gamme de produits avec du jus de soja. L’objectif de ce projet est d’améliorer la durabilité des systèmes d’exploitation par l’introduction de la culture du soja et la création d’une relation contractuelle avec l’agro-industriel pour répondre à une opportunité de marché. Agropol réalise notamment des formations auprès de agriculteurs pour les accompagner dans cette transition agroécologique (en expliquant notamment les bénéfices du soja dans une rotation) et leur donner un appui l’industriel dans l’adoption du processus de production du lait de soja.

Quels résultats concrets peuvent exister pour la filière ?

A titre d’exemple, la filière tunisienne est passée de 0 à 16 000 ha de colza en l’espace de sept ans. C’est en grande partie grâce à la mobilisation de l’expertise de Terres Inovia, venue épauler les producteurs et les techniciens, et les semences produites en Europe et notamment en France. Si la croissance des surfaces se poursuit au même rythme, d’ici quelques années la Tunisie produira 150 000 tonnes de colza. Ce sera une réussite pour la Tunisie qui aura amélioré sa souveraineté en huile et protéines, en substituant une partie de ses importations pas une culture locale qui est bénéfique pour la durabilité des systèmes céréaliers. En parallèle, le développement des surfaces de colza en Tunisie basé sur des semences produites au Nord de la méditerranée ne peut être que bénéfique pour les producteurs de semences et semenciers français.

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