Bruche de la lentille : le projet KAIROL évalue une nouvelle solution de lutte

9 octobre 2023

Lentille Recherche


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Gros plan sur des fleurs de lentille, fond vert

Comment faire face à la bruche de la lentille, qui impacte particulièrement le rendement ? Le projet KAIROL, soutenue par Sofiproteol via le FASO, a travaillé sur une nouvelle solution basée sur les kairomones, Lentodor.

Si la lentille a connu une belle dynamique dans les exploitations françaises ces dernières années1, sa culture fait face à un obstacle de taille, la bruche de la lentille, qui endommage les graines récoltées. L’impact de ce coléoptère ravageur est difficilement évaluable sur le rendement, mais il compromet sérieusement la qualité de la culture en consommant l’intérieur des graines et en y laissant des trous, défauts qui les rendent impropres à la consommation humaine et découragent les producteurs de développer cette culture dans leurs assolements.

Évaluer l’efficacité des kairomones pour lutter contre la bruche

Pour assurer la pérennité de la filière lentille, la société AgriOdor et le spécialiste de biosolutions De Sangosse ont explorés conjointement une solution basée sur les kairomones : Lentodor (voir paragraphe suivant). Le projet KAIROL, financé par Sofiprotéol via le Fonds d’Action Stratégique pour les Oléoprotéagineux (FASO), a été mis en place en 2022 pour en évaluer l’efficacité. Il a rassemblé de nombreux partenaires à l’échelle nationale : De Sangosse, Agriodor, Terres Inovia, Agrosolutions, Axereal, Soufflet Agriculture, CORAB, Qualisol, Val de Gascogne et Agrodoc.  

Le projet KAIROL a pu évaluer l’efficacité de Lentodor via trois dispositifs d'expérimentation sur l’ensemble des bassins de production touchés par la bruche en comparant les taux de grains bruchés entre les parcelles protégées par Lentodor et les parcelles non protégées. Outre l'efficacité de la solution, le projet s’est penché également sur la distance d'attractivité des kairomones utilisées. Cette information est cruciale pour envisager de futures applications de la solution et exploiter son plein potentiel.

Le levier des kairomones pour lutter contre la bruche

Lentodor repose sur une approche de lutte contre la bruche de la lentille basée sur les kairomones, des substances chimiques naturellement émises par les plantes et attractives pour les insectes.
Les kairomones de synthèse permettent de mimer la plante et d'attirer massivement les bruches des dispositifs de piégeages installés dans les parcelles.

L'objectif est de réduire la population des bruches adultes au champ et de limiter le taux de grains endommagés, préservant ainsi la qualité des récoltes destinées à l'alimentation humaine.

Une poursuite nécessaire des travaux d’applicabilité de Lentodor sur le terrain

Le projet KAIROL a tout d’abord permis de recueillir des « retours utilisateurs » sur la mise en place pratique des dispositifs dans les parcelles de lentille. En effet, pour que la solution soit adoptée en grandes cultures, elle doit être facile et rapide à mettre en place, et également maintenir sa performance malgré les aléas météorologiques.

Les résultats obtenus ont mis en évidence la nécessité de poursuivre les travaux d’applicabilité de la solution sur le terrain. En effet, il n’est pas possible de conclure sur l’efficacité de la solution testée ni sur la distance d’attractivité en raison du manque de robustesse des analyses avec le jeu de données disponible du fait de la trop grande diversité des cas de figure observés.
Selon les dispositifs, des tendances se dégagent, ou non. Une masse de données plus conséquente et un meilleur calibrage des protocoles (avec une date de pose des pièges adaptée au développement de la culture notamment) permettrait sûrement de conclure sur les points questionnés dans ce projet.
Néanmoins, ce projet a mis en évidence la complexité de mise en œuvre d’une stratégie de lutte alternative aux produits phytosanitaires conventionnels et la nécessité de réviser les approches et les concepts de testage pour faire bénéficier de ces solutions aux agriculteurs.

1 Les surfaces sont passées de 17 190 hectares en 2015 à 35 500 hectares en 2021 (Agreste 2023)

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