Un projet de sélection pour améliorer la compétitivité de la culture de pois protéagineux en France


Quelles approches peuvent être envisagées pour renforcer la compétitivité de la culture de pois protéagineux en France, face à l'agent pathogène majeur Aphanomyces euteiches, l’un des facteurs de l'instabilité des rendements ?

Le projet DORA initié en 2019 et financé par Sofiproteol via le FASO (Fonds d'Action Stratégique des Oléoprotéagineux), a cherché à développer des stratégies de résistance génétique à l’Aphanomyces. Après plusieurs années de recherche, le projet a récemment abouti en 2023 et dévoile aujourd'hui ses premiers résultats.

En France, l’instabilité des rendements du pois protéagineux est un obstacle majeur au développement des surfaces cultivées et à l’essor de la filière. Parmi les facteurs contribuant à l'instabilité des rendements, la pourriture racinaire précoce due à l’agent pathogène Aphanomyces euteiches est l’un des éléments déterminants. Bien qu’aucune méthode de lutte n’existe actuellement contre cette maladie, la création de variétés résistantes pourrait constituer un levier efficace.

Le projet DORA, mené par un consortium d’acteur composé de sélectionneurs (KWS-Momont, Agri Obtentions, LimagrainRAGT2n et Unisigma), de l’INRAe et de Terres Inovia, avait pour objectif d'améliorer les variétés de pois protéagineux en développant des stratégies de lutte efficaces pour contre l'agent pathogène Aphanomyces euteiches. Ce projet ambitieux a nécessité des recherches approfondies et des efforts concertés de la part de tous les partenaires impliqués.

L'une des étapes du projet a consisté à identifier de nouveaux marqueurs génétiques associés à des gènes de résistance à effet partiels déjà connus et à exploiter de nouvelles sources de résistance. Cela a permis d'élargir la palette des outils disponibles pour la sélection de variétés résistantes. Grâce à ces nouveaux marqueurs, les chercheurs ont pu cibler avec précision les zones du génome contrôlant la résistance d’intérêt en sélection assistée par marqueurs.

DORA a également permis de sélectionner des plantes présentant des combinaisons multiples de gènes de résistance. En croisant différentes lignées de pois porteuses de gènes de résistance, les chercheurs ont pu créer des combinaisons spécifiques de gènes de résistance, visant à maximiser l'efficacité contre l'agent pathogène. Cette approche de combinaison génétique a permis d’augmenter le niveau de résistance partielle des plantes.

Le projet a également accordé une attention particulière à l'évaluation de l'effet de ces nouvelles combinaisons de gènes de résistance sur divers caractères de la plante. Outre la résistance intrinsèque, les chercheurs ont étudié la tolérance, c’est-à-dire la capacité de préservation du rendement des plantes en réponse à l’infection, ainsi que l'architecture de leur système racinaire. Ces caractéristiques sont cruciales pour limiter la sévérité et l’impact de la maladie dans les cultures de pois. Les résultats ont montré que les nouvelles combinaisons de gènes de résistance avaient un effet positif sur ces caractéristiques, contribuant ainsi à la réduction de l’impact de la maladie et à l'amélioration de la santé globale des plantes.

Enfin, un test permettant de quantifier la présence de spores de conservation, dites oospores d'Aphanomyces euteiches dans les racines des plantes a été développé. Ce test s'est avéré extrêmement utile pour évaluer l'efficacité des nouvelles combinaisons de gènes de résistance. Les résultats obtenus ont confirmé une réduction significative de la quantité de spores dans les racines des plantes porteuses des combinaisons de gènes de résistance sélectionnées. Cela a permis de corréler directement la réduction de la charge pathogène avec la résistance accrue des plantes.

Le projet DORA a finalement permis de créer des ressources végétales innovantes, des marqueurs génétiques utiles, des méthodes d'évaluation améliorées, ainsi que des informations précieuses pour les sélectionneurs de variétés de pois, contribuant ainsi à la lutte contre la maladie et à l'amélioration de la résistance des plantes de pois protéagineux dans le futur.

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